{Roman Jeunesse} Terrienne – Jean-Claude Mourlevat

terrienne« Et surtout, écoutez bien ceci : respirez, puisque vous ne pouvez pas faire autrement, mais ne le montrez pas ! Inspirez par le nez. Gardez la bouche fermée. Portez des vêtements amples qui cacheront le mouvement de votre poitrine quand vos poumons se gonflent. N’éternuez pas. Ne vous mouchez pas. Ne toussez pas. Ne riez pas. Ne vous essoufflez jamais. Ne courez pas. Evitez de vous approcher des gens. De là où je suis, je sens que vous respirez et je me trouve à plus d’un mètre de vous.
J’en suis restée éberluée.
– Mais… mais, vous respirez bien, vous ?
– Non, je ne respire pas. Personne ici. »

Sur la route départementale 8 entre Saint-Etienne et Montbrison, Etienne Virgil – écrivain en manque d’inspiration – croise le chemin d’Anne Collodi. Parce qu’elle lui fait penser à sa petite-fille Loïse, et qu’il préfère la savoir avec lui qu’à la merci du monde, Etienne la prend en stop et la conduit jusqu’à un étrange lieu-dit : Campagne.

Tout est étrange, à vrai dire, concernant Anne : sa façon de s’exprimer, sans fard, de sauter du coq à l’âne, et puis cette histoire avec sa sœur – Gabrielle – qui a disparu, « comme si elle était tombée dans un trou ».

Gabrielle a rencontré Jens, et vite – trop vite, et en dépit des craintes d’Anne – l’a épousé. Puis elle a disparu. Juste comme ça.

Bien sûr, chez les Collodi, le téléphone est devenu instrument de torture, à chaque sonnerie : et si c’était Gabrielle ? et s’il était arrivé malheur à Gabrielle ?… Pourtant, ce n’est pas par le téléphone que les deux sœurs pourront échanger les quelques mots qui changeront leur vie à jamais, et qui conduiront Anne à Campagne, dans l’espoir fou de délivrer Gabrielle…

Car Jens n’était pas un Terrien, mais un homme de là-bas, ce terrifiant monde parallèle ultra-aseptisé où l’on ne rit pas, où l’on se joue pas, où l’on ne crie pas, où l’on ne s’aime pas. Où l’on ne vit pas, au final. Et où l’on meurt – littéralement – d’ennui. Alors imaginez, l’exotisme d’une Terrienne, pour les influents de ce monde… Imaginez aussi le danger que l’on court quand on ne vient pas d’ici, et que l’on se fait prendre. (suite…)

{Roman Jeunesse} Six of Crows – Leigh Bardugo

six-of-crows« Kaz ne pouvait distinguer les traits d’Inej dans le noir, mais il sentait son regard désapprobateur.
– La cupidité est ton seul dieu.
Il se retint de rire.
– Non, Inej. La cupidité courbe l’échine devant moi. C’est mon serviteur et mon levier.
– Alors quel dieu sers-tu ?
– Celui qui me rendra riche.
– Ce n’est pas ce que font les dieux.
– Je m’en contrefiche. »

Dans le Barrel ne règne qu’une seule loi : celle du plus fort. Ou du plus malin.
Et dans ce quartier de Ketterdam, sinistre, violent, pourri jusque dans ses moindres recoins, le plus malin, c’est Kaz Brekker, alias « Dirtyhands » – « les mains sales ». Inutile d’épiloguer, son nom le précède.

De la mort de son frère, victime d’un chef de gang qui a laissé les deux jeunes garçons sans le sou, Kaz a gardé un brûlant désir de vengeance, et l’incapacité non pas tant d’aimer que de s’ouvrir, de faire confiance, de laisser un autre être humain le toucher, moralement, physiquement. Froid, génial et arrogant, appuyé sur sa canne comme si elle était un prolongement de lui-même, Kaz Brekker a toujours un coup d’avance.

Alors quand une drogue dévastatrice – le jurda parem – se répand dans le Barrel, donnant aux Grishas – êtres dotés de pouvoirs magiques – une puissance terrifiante, capable de détruire toute forme de civilisation, c’est à Kaz que fait appel le riche mercurien Van Eck. Sa mission ? Libérer le savant à l’origine de cette drogue, prisonnier aux mains des Fjerdans. Son problème ? Il est enfermé dans une forteresse réputée imprenable. A la clé ? Une fortune. 30 millions de kruge. (suite…)

{Roman} Zombie Nostalgie – Øystein Stene

zombie_nostalgie« Mon projet n’est pas de m’inscrire dans l’histoire, mais de m’en délivrer. Je cherche une échappatoire, un passage, une brèche, un lieu où l’histoire ne pourra plus me rattraper, un lieu où elle sera hors de portée. Je voudrais être là, sans être associé au destin de la nation, sans être associé au vide qu’elle a laissé. Je voudrais exister. En tant qu’être humain, pourrait-on dire. J’essaie de faire place à quelque chose de nouveau. »

Quelque part, dans l’océan Atlantique, se trouve l’île de Labfonia… Inutile de la chercher sur une carte. Cette île est cachée, secrète, effacée par les services secrets des grandes puissances occidentales.

Chaque jour, des hommes, des femmes s’y réveillent – à l’image de notre narrateur. Leur corps est raide, leur peau bleuâtre, ils ne ressentent rien et grognent plus qu’ils ne parlent… Ils sont vides de souvenirs, d’un avant ou d’un ailleurs. Ils se sont simplement éveillés, ici, et puisqu’ils n’ont pas d’existence, leur nouvelle société va leur en donner une : un nom, un métier, un logement. Comme une vraie vie. Sauf qu’ils sont morts. Ou immortels. Mais dans le fond, n’est ce pas la même chose ?

Rebaptisé Johannes, notre narrateur va vite démontrer d’excellentes capacités d’adaptation, bien plus importantes que la majorité des Labfoniens. Il réapprend à parler, à se mouvoir et trouve avec plus moins de bonheur sa place au sein des archives, où il a été affecté. Mais « bonheur » est un bien grand mot, car les Labfoniens sont vides de sentiments. Ils simulent – l’amour, la jalousie, la colère, tentent de ressembler à des humains, à ceux qu’ils étaient peut-être, à ceux qu’ils ne deviendront jamais. (suite…)

{Roman } Horrorstör – Grady Hendrix

horrostor

« Orsk était le plus grand magasin de meubles scandinaves des Etats-Unis. Ses produits aux designs contemporains étaient moins chers que ceux d’Ikea et son slogan promettait « une meilleure vie pour tous ». Surtout pour les actionnaires d’Orsk qui, chaque année, se retrouvaient au quartier général de Milwaukee, dans le Wisconsin, pour se repaitre des excellents chiffres du bilan d’exploitation de leur imitation d’Ikea. Orsk s’engageait à offrir à ses clients « tout ce qu’ils désiraient », pour chaque période de leur vie. Des berceaux Balsak aux fauteuils à bascule Gutevol. Ils ne proposaient pas de cercueils. Pas pour le moment en tout cas. »

Amy avait un objectif : quitter le mobil-home de sa mère, étudier, se construire une vie, une carrière. Les aléas de la vie en ont décidé autrement, et la jeune femme a dû renoncer à ses rêves et se résoudre à travailler chez Orsk, temple de la (sur)consommation, habilement modelé sur le principe d’Ikea. Car acheter chez Orsk, ce n’est pas dépenser de l’argent, mais adopter un style de vie moderne et confortable, entouré d’amis fabuleux, d’enfants joufflus et de petits oiseaux souriants. (suite…)

{Roman } De bons présages – Neil Gaiman & Terry Pratchett

de_bons_presages« J’ai occupé toutes les lignes de téléphone portable du centre de Londres pendant quarante-cinq minutes, au moment de la pause repas. […]
– C’est tout ? s’inquiéta Ligur. […]
Que pouvait-il leur dire ? Que l’humeur de vingt mille personnes était devenue massacrante ? Qu’on pouvait entendre jusqu’à l’autre bout de la ville le bruit des artères qui se sclérosaient ? Et qu’en rentrant, ces personnes allaient se défouler sur leur secrétaire, sur leurs contractuelles, sur tout le monde, sur des gens qui à leur tour allaient se défouler sur d’autres individus ? Par une avalanche de mesquineries qu’ils allaient – et tout l’intérêt de la manœuvre reposait là – qu’ils allaient inventer tout seuls ? Pendant le reste de la journée. Les répercussions étaient incalculables. Des milliers et des milliers d’âmes se ternissaient un peu, sans que Rampa ait besoin de lever le petit doigt. »

L’Apocalypse aura lieu samedi prochain, après le thé ! Les forces du Bien et du Mal en ont décidé ainsi. L’Antéchrist – bébé blond joufflu – est sur Terre, et quand il fêtera ses 11 ans… ce sera la Guerre. La fin du monde tel que nous le connaissons. (suite…)

{Roman } Ex-Heroes – Peter Clines (& autres réflexions zombiesques)

exheroesPour celles et ceux qui n’ont pas suivi, j’ai acheté ce roman par le biais d’une box surprise – la Kube, sur laquelle j’ai d’ailleurs réalisé une vidéo que vous trouverez ici. J’avais donc demandé un roman avec des zombies. Mais quelque chose qui change…

Parce qu’on la connait tous, l’histoire de l’épidémie qui se répand si vite que rien ni personne – pas même le gouvernement, l’armée & autres organisations censées protéger les gens – n’est capable de l’enrayer ; l’histoire de la poignée de personnes qui se regroupe autour d’un homme, souvent policier ou militaire, un homme fort et viril qui sait utiliser une arme à feu ; sont souvent de la partie un ou deux ados (un jeune couple, c’est pas mal), une ou deux mamans avec des enfants en bas-âge (ou enceinte, enceinte c’est bien aussi), voire –mieux encore – un papa veuf avec des enfants, bref… des gens qui s’aiment, des gens à protéger ; et puis y’en a un dans le lot qui se fait mordre, bien sûr, mais qui ne dit rien aux autres, au cas où, mais ça ne fonctionne jamais, ça… Tout cela dans une Amérique chaotique où des pillards, violeurs et autres psychopathes sèment la terreur, comme si ça ne suffisait pas, une apocalypse zombie. (suite…)

{Roman Jeunesse} Miss Peregrine et les enfants particuliers – Ransom Riggs

miss-peregrine« Quant aux histoires qui traitaient de sa vie dans l’orphelinat du pays de Galles, elles étaient encore plus fantastiques ! C’était une maison magique, où les enfants vivaient à l’abri des monstres, sur une île où il faisait toujours beau. Personne n’y tombait jamais malade et, bien sûr, personne ne mourait. ‘’Ils habitaient tous ensemble dans une immense bâtisse, sur laquelle veillait un vieil oiseau très sage’’, disait Grandpa. Mais en grandissant j’ai commencé à avoir des doutes. »

A 6 ans, Jacob veut devenir un explorateur. Les yeux emplis d’étoiles, il passe des après-midis penché sur des cartes et de vieux numéros de National Geographics, écoutant avec fascination les histoires de son grand-père qui a échappé aux monstres en passant son enfance dans un pensionnat au Pays de Galles, loin de sa Pologne natale… Un pensionnat extraordinaire où vivaient des enfants différents, particuliers : « une fillette capable de voler, un garçon qui abritait des abeilles vivantes dans son ventre ; des frère et sœur si forts qu’ils pouvaient soulever d’énormes rochers au dessus de leur tête »…. (suite…)